Café-citoyen : l'économie solidaire et sociale.
Par JG3089-GANDI le vendredi 20 juin 2008, 08:05 - Cafés citoyens - Lien permanent
DEMAIN AUTREMENT

Café citoyen du mercredi 4 juin 2008, 19h30 à 21h.
L'économie solidaire et sociale
Exposé par Claude Taleb (Conseiller régional), animé par Michel Linden (cinéaste, juriste)
Un concept nouveau, en développement actuellement.
Les théories ne sont pas encore consolidées. Aux origines : l'économie
sociale s'est développée à la fin du XIXe siècle, en milieu ouvrier, afin de se
protéger contre les accidents de la vie. Ainsi est né le mouvement mutualiste
pour trouver, par exemple, des solutions concrètes au problème du chômage.
Aujourd'hui, on estime à 10 % du PIB environ en France le poids de cette
« économie solidaire et sociale » : c'est donc un secteur non
négligeable, dans lequel on inclut mutuelles, associations et coopératives.
Répondent-elles toutes aux exigences du concept ? Peut-on réduire l'ESS à
une économie de l'insertion par l'économie (par exemple le travail aidé par
l'Etat) ou bien faut-il proposer de la définir comme une économie à but non
exclusivement lucratif ?
Ce dernier éclairage peut apparaître trop réducteur et trop restrictif. A côté des acteurs classiques de l'ESS (mutuelles, entreprises acteurs de l'économie de l'insertion) on voit apparaître de nouveaux acteurs : la filière du commerce équitable, des coopératives (SCOP : Société coopérative ouvrière de production) issues de la reprise d'entreprises par les salariés, des SCIC (Sociétés coopératives d'intérêt collectif) centrées sur les énergies renouvelables (un potentiel d'emplois multiplié par 10), les entreprises de services à la personne (avec il est vrai l'arrivée sur ce créneau d'entreprises de services pas nécessairement animées par le souci de la solidarité), les services aux territoires (en milieu rural : les circuits courts pour l'agriculture, le couplage tourisme-activités agricoles). Un nouveau public et de nouveaux entrepreneurs, parfois d'un niveau élevé de formation, arrivent sur ce créneau. Leur objectif : allier éthique, efficacité et performance, car l'ESS doit viser quand elle le peut la viabilité économique.
Conclusion :
Ne pas négliger la dimension économique de la notion, rechercher des modèles
économiques solvables (même s'il y a subvention, ce qui est aussi le cas de la
« grande économie » qui est tout autant aidée par l'Etat, et même
souvent plus. cf la PAC). A combien estimer le taux de solvabilité ? A 30
% (les recettes couvrant 30 % des coûts) soit le taux des transports collectifs
actuellement. Ce qui est vrai pour l'existant doit l'être aussi pour l'ESS. Ne
pas opposer éthique et profitabilité, ne pas cantonner l'ESS dans l'économie
marginale, favoriser les initiatives et la créativité.

Interventions :
I 1 : Un exposé trop consensuel, pas assez radical. Il ne faut pas se cantonner dans la rhétorique du « faire autrement ». L'Etat se désengage. L'ESS ne risque-t-elle pas de se trouver dans la position de reprendre à sa charge ce que l'Etat ne veut plus assumer ? Si l'on accepte la logique de la rentabilité, le coût social risque d'être lourd pour les personnes.
I 2 : Il faut distinguer l'ESS de la solidarité sociale, qui ne relève pas de l'entreprise.
CT : Il n'y a pas de consensus sur la notion d'ESS. Quel rôle pour les associations, qui sont déjà menacées par des entreprises de services qui bénéficient désormais de la possibilité d'utiliser les chèques emploi-service. D'autre part, ne pas limiter la notion aux services : elle concerne aussi le secteur industriel (cf chantier naval à Fécamp de bateaux en bois, avec statut de SCOP). Il faut surtout aider les créateurs ne disposant pas de réseaux et de carnet d'adresses : voir le travail du Conseil régional, qui propose une aide aux études de faisabilité (alors qu'une entreprise comme Total dispose automatiquement de financements si elle décide d'une implantation dans la région).
I 3 : L'économique et le social sont-ils nécessairement antinomiques ? Le capitalisme a aussi des racines protestantes. L'entreprise n'est pas a priori « prédatrice ». Mais quels seraient les critères de « rentabilité sociale » comme on peut définir des critères de « rentabilité économique. » Même dans une économie qui serait purement sociale, on pourrait rencontrer des problèmes d'investissement personnel et de respect des autres.
I 4 : Le thème est complexe et l'enjeu de la solidarité est difficile. Essayer de ne pas faire de l'ESS une mode passagère, comme il y a eu autrefois celle de « l'auto-suffisance alimentaire ». Quand la « grande économie », celle des « prédateurs » va s'emparer du concept, comme elle s'est déjà emparé de celui de « Développement durable », que va-t-il advenir des « petits » ?
I 5 : Puisque nous sommes dans une économie de marché et que le modèle collectiviste a échoué, l'ESS peut apparaître comme une alternative. Nombre d'associations évoluent déjà dans le secteur concurrentiel. On ne peut s'exonérer de la nécessité de l'efficacité et du professionnalisme (cf ONG). Une évaluation est nécessaire si on veut valider le modèle.
I 6 : Les acteurs de l'ESS se rencontrent-ils ? Ont-ils même toujours conscience d'être des acteurs de l'ESS ?
I 7 : L'ESS peut-elle contrecarrer les délocalisations ?
I 8 : Faudrait-il inventer une sorte d'ISO-ESS ? Une norme existe déjà pour le commerce équitable. Il y a intérêt à labelliser quand il y a consommation derrière. On pourrait alors conditionner les subventions ESS à un cahier des charges ou à des engagements précis.
I 9 : Comment mesurer le bien-être ou l'utilité sociale créés par l'ESS ? Par la mesure du poids dans l'économie (cf seuil des 10 % du PIB ou des emplois). Problème de la mesure, car l'INSEE classe les grosses mutuelles dans l'ESS, ce qui est discutable. Quel est le coût de la fabrication du lien social ? Si l'on modifiait les modes de calcul de la rentabilité d'une entreprise, en y intégrant le coût social, Total présenterait un bilan négatif.
I 10 : Les critères seraient un moyen de défendre de qu'il y a derrière le concept d'ESS.
I11 : Toute entreprise est aujourd'hui difficile à pérenniser, même dans l'économie non solidaire. Donc méfiance au vu d'échecs passés d'autres concepts généraux et généreux comme la « Santé pour tous ».
I 12 : Sous Chaban-Delmas (1969-1972), il y avait une obligation faite aux entreprises de publier un bilan social en même temps qu'un bilan financier. Qu'en est-il de cette obligation ? Elle semble totalement ignorée dans la pratique.
I 13 : Pour revenir sur la question du taux d'échec, il est d'environ 50 % pour une entreprise quelconque. Les chiffres n'existent pas encore pour l'ESS. En 2002, la droite a supprimé le ministère de l'ESS. En 2007, la loi Borloo met l'ESS en concurrence brutale avec le marché. Mais d'un autre côté les régions, aujourd'hui majoritairement à gauche, soutiennent l'ESS : en Haute-Normandie, 200 000 euros en 2005 et 2 500 000 euros en 2007. Mais il faut crédibiliser en favorisant la lisibilité et l'évaluation des projets.
I 14 : On pourrait au moins attendre que les aides pour l'ESS soient alignées sur ce que perçoit la « grande économie » lorsqu'elle crée 1 emploi.
CT : Ce que propose la région HN s'apparente à de la recherche-développement. Dans un premier temps, elle finance une étude de faisabilité (30 000 euros), puis une aide à l'exprimentation sur une période 8 mois environ (70 000 euros). On passe ensuite à la création proprement dite. Il y a actuellement une douzaine de projets soutenus par la région HN.
Le temps imparti à ce café-citoyen étant écoulé, Michel Linden remercie tous les participants pour cet échange riche et complexe. Rendez-vous est donné pour septembre sur un thème qui reste à déterminer.
Voir contact avec l'association Demain Autrement.
CR : jfguillou.
