Le tout-voiture n'est pas pour rien dans cette indétermination. Actuellement, on semble revenir à plus de mesure (zones 30 etc.), une mutation s'opère. Le rôle et les fonctions de l'espace public changent avec le temps, mais il conserve la même signification dans notre imaginaire : entre le collectif et le privé, il nous apprend à nous situer. L'espace public concerne autant les matériaux employés, que la place de l'homme, le confort, le rapport soleil-pluie, le respect du public. Sa dynamique est à la fois sociale, esthétique, et poétique. C'est sous cet angle que Fabienne Fendrich conçoit les choses : la préférence des vides, aux remplissages pratiqués le plus souvent. Une manière de voir favorisant la spontanéité, la libre-expression, les rencontres, voire des mouvements comme les flash mobs (mobilisations éclairs) ou les free hugs (accolades gratuites). Et à Mont Saint Aignan ? Les citoyens sont amenés à prendre la parole et constatent rapidement, que l'espace public s'inscrit surtout autour des zones commerciales et des emplacements pour voitures. Ainsi, les quartiers, surtout résidentiels, s'animent le plus souvent autour des commerces de la place Colbert ou des Coquets. Les gens s'y rendent essentiellement en voiture et ces espaces font la part (trop) belle aux parking et à la circulation. La ville semble s'être construite autour du minéral, dans une logique "de courants d'air" (stratégie impersonnelle de la modulation), peu propice aux rencontres, aux mélanges. Le climat lui-même entre en ligne de compte, de même que la population. Les villes du sud seraient nécessairement plus chaleureuses et attractives, moins soumises au départ des habitants l'été. Ce à quoi il est rétorqué, qu'il existe des lieux particulièrement fréquentés et agréables à vivre à Mont-Saint-Aignan - notamment l'été - comme le jardin des compagnons ou le parc du village. En revanche, chacun s'accorde à dire que l'on peine à situer la ville et les lieux "d'origine" ; de même que la culture proprement dite. Sur ce dernier point deux conceptions semblent s'opposer (alors qu'elles ne sont pas forcément incompatibles). Certains proposant des lieux culturels identifiables et conséquents (une place rassemblant les gens, un pôle culturel), d'autres privilégiant la circulation des gens et de la culture "en réseau", loin des schémas classiques, voire nostalgiques. Le débat s'inscrit alors dans une opposition entre l'institutionnel d'une part, qui relèverait plus de la marque du politique (pour ses détracteurs) et le spontané, l'événementiel (l'art comme prise de possession) d'autre part. Et si, en conclusion, la solution ne serait pas de trouver des moyens de faire circuler les individus dans des espaces attractifs, par des modes de déplacement doux. Des espaces naturels et conviviaux au coeur de la ville ? C'est sur l'idée d'inventer une nouvelle urbanité, une ville soutenable et durable, que ce termine ce débat citoyen d'octobre à l'As des Coquets.

Bibliographie :

BREDA, faire la ville durable - Ariella Masboungi - (Le Moniteur)
Espace urbain - Vocabulaire et morphologie - Bernard Gauthiez (Le Patrimoine)

Prochains cafés citoyens à l'As des Coquets :

5 novembre: Le vélo à Mont Saint Aignan.

3 décembre: Les AMAP.