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De l'inconvénient de voter des lois inapplicables :
Nous avions exposé notre position dans un billet daté du 19 juin 2008 sur ce qui n'était à l'époque qu'un projet de loi. La loi a été votée depuis, puis promulguée le 20 août. Elle s'impose donc à tous.
Le problème est que la grève de demain (20 novembre 2008) risque de démontrer qu'en cas de grève fortement suivie, elle est, dans certains cas, inapplicable. D'aucuns mettront en cause la mauvaise volonté politique des maires de gauche, mais que diront-ils des maires de droite qui vont être amenés à faire le même constat?
On touche là la limite du volontarisme politique, et son danger. Une loi inapplicable n'est pas seulement une erreur politique, c'est aussi un risque pour la démocratie. S'il faut pousser la logique jusqu'au bout, le gouvernement devra compléter cette loi par une loi de réquisition des personnels grévistes. Peut-être n'osera-t-il pas, mais des voix à droite exprimeront pour lui cette revendication. Nous en viendrons donc à ce que nous annoncions en le dénonçant par avance : la logique du service minimum d'accueil est de remettre en cause le droit de grève.
Bien entendu, les choses ne seront pas présentées aussi brutalement. L'onctueux M. Bertrand viendra sur TF1 expliquer au bon peuple que des revendications catégorielles (de surcroît émanant de fonctionnaires privilégiés en ces temps si difficiles) ne peuvent durablement s'opposer à l'application de la loi et à l'intérêt général. Il versera une larme sur un reportage nous montrant une maman désespérée, ne sachant que faire de son enfant ce matin-là. On devinera que l'égoïsme des grévistes aura sans doute précipité son licenciement le soir même...

Lemonde