Grève et service minimum d'accueil.
Par JG3089-GANDI le mercredi 19 novembre 2008, 15:04 - Le billet de l'actualité - Lien permanent

De l'inconvénient de voter des lois inapplicables :
Nous avions exposé notre position dans un billet daté du
19 juin 2008 sur ce qui n'était à l'époque qu'un projet de loi. La loi a été
votée depuis, puis promulguée le 20 août. Elle s'impose donc à tous.
Le problème est que la grève de demain (20 novembre 2008) risque de démontrer
qu'en cas de grève fortement suivie, elle est, dans certains cas, inapplicable.
D'aucuns mettront en cause la mauvaise volonté politique des maires de gauche,
mais que diront-ils des maires de droite qui vont être amenés à faire le même
constat?
On touche là la limite du volontarisme politique, et son danger. Une loi
inapplicable n'est pas seulement une erreur politique, c'est aussi un risque
pour la démocratie. S'il faut pousser la logique jusqu'au bout, le gouvernement
devra compléter cette loi par une loi de réquisition des personnels grévistes.
Peut-être n'osera-t-il pas, mais des voix à droite exprimeront pour lui cette
revendication. Nous en viendrons donc à ce que nous annoncions en le dénonçant
par avance : la logique du service minimum d'accueil est de remettre en
cause le droit de grève.
Bien entendu, les choses ne seront pas présentées aussi brutalement. L'onctueux
M. Bertrand viendra sur TF1 expliquer au bon peuple que des revendications
catégorielles (de surcroît émanant de fonctionnaires privilégiés en ces temps
si difficiles) ne peuvent durablement s'opposer à l'application de la loi et à
l'intérêt général. Il versera une larme sur un reportage nous montrant une
maman désespérée, ne sachant que faire de son enfant ce matin-là. On devinera
que l'égoïsme des grévistes aura sans doute précipité son licenciement le soir
même...

Commentaires
« D'aucuns mettront en cause la mauvaise volonté politique des maires de gauche »... Moi... Moi ! :-)
Pourquoi ne faites-vous pas plutôt un papier sur les raisons de la grève, histoire de nous éclairer ?
@ Jean-Pierre,
Une des raisons de la grève de demain dans l’Education nationale est la suppression annoncée de 3000 postes de « RASED ».
Qu’est ce que c’est ?
LE RASED : Réseau d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté
Le réseau d’aides spécialisées pour la réussite scolaire est un ensemble d’actions concertées destinées à prévenir et/ou à réduire les difficultés à l’école. Ce dispositif ne saurait évidemment se substituer à l’action du maître, qui demeure le référent pédagogique.
Le RASED intervient dans le cadre du projet d’école ; il apporte ses compétences et ses spécificités (professionnels titulaires de diplômes spécifiques (maître E, rééducateur et psychologue de l’éducation nationale) en réponse à une demande justifiée s’inscrivant dans les priorités de la politique de circonscription définie par l’Inspecteur de l’Education Nationale.
Toutes les écoles maternelles et élémentaires peuvent bénéficier de l’action du RASED.
Le projet de loi proposé par M DARCOS prévoit que 3000 professionnels de RASED soit supprimés, donc des milliers d’élèves en difficulté sur le carreau !
Cette mesure va priver des dizaines de milliers d’élèves des aides spécialisées, qui ne couvriraient plus tout le territoire, et conduira à terme à la suppression des RASED.
La brutalité de cette décision vient souligner la contradiction d’une politique ministérielle qui prétend faire de la lutte contre l’échec scolaire une « priorité. » La mise en place des deux heures d’ « aide personnalisée » ne peut se substituer au travail effectué dans le cadre des Réseaux d’Aides, qui ont été créés pour répondre aux besoins particuliers des élèves en difficulté.
Si vous voulez soutenir l’action des grévistes, vous pouvez signer la pétition en ligne en cliquant sur le lien suivant :
http://www.sauvonslesrased.org/inde...
@ Jean-Pierre
En d'autres termes, éduquer est un vrai métier, au même titre que de vendre. Ce que les adultes oublient trop vite, c'est qu'ils ont été des enfants, puis des adolescents, puis de jeunes adultes en quête de reconnaissance sociale. Durant toutes ces années, il y a eu leurs parents, peut-être, mais aussi des milliers de gens qui leur ont permis, bon an mal an, de devenir ce qu'ils sont. C'est ça l'histoire. L'histoire immédiate de ce jeudi;
@Jacques, merci de vos éclaircissements... J'ignorais l'existence de ces Rased jusqu'à aujourd'hui...
@Jean-François. Bien d'accord avec vous (sur votre commentaire). Par contre, sur le paragraphe relatif à l'atteinte au Droit de grève, le Conseil constitutionnel rappelle quelques évidences : «8. Considérant qu'aux termes du septième alinéa du Préambule de 1946 : « Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent » ; qu'en édictant cette disposition, les constituants ont entendu marquer que le droit de grève est un principe de valeur constitutionnelle mais qu'il a des limites et ont habilité le législateur à tracer celles-ci en opérant la conciliation nécessaire entre la défense des intérêts professionnels, dont la grève est un moyen, et la sauvegarde de l'intérêt général auquel la grève peut être de nature à porter atteinte ; que, notamment en ce qui concerne les services publics, la reconnaissance du droit de grève ne saurait avoir pour effet de faire obstacle au pouvoir du législateur d'apporter à ce droit les limitations nécessaires en vue d'assurer la continuité du service public qui, tout comme le droit de grève, a le caractère d'un principe de valeur constitutionnelle »
http://www.conseil-constitutionnel....
Bonne soirée
@ Jean-Pierre
Ce qui nous amène à un service "éducatif" minimum, soit une continuité "éducative" de l'EN (et pas simplement la garderie actuelle). Pourquoi un service minimum dans les transports et pas dans l'EN ? Le ministre l'a dit : la grève, c'est ringard, c'est archaïque. Sans doute. Mais le débat, la réflexion, la négociation aussi alors, semble-t-il. M. Darcos a son opinion sur ce qu'il convient de faire. Mais un consensus ne s'obtient pas tout seul. Or le consensus est la base du succès d'une réforme, surtout dans une aussi grosse machine que l'EN. Pourquoi s'est-il affranchi de cette étape ? Parce qu'elle prendrait trop de temps et redonnerait du pouvoir aux syndicats. M. Darcos est pressé. Si l'on s'en tient aux lycées, il veut engager une réforme qui aurait pu obtenir le soutien de certains enseignants classés à gauche. Mais il a saboté l'affaire. Il maintient contre l'évidence qu'une réforme se mettra en place à la rentrée 2009 pour les classes de 2de. Quand on sait comment fonctionne réellement un lycée, on sait aussi que c'est impossible. Que va-t-il se passer ? Si M. Darcos est maintenu dans son poste d'ici là, cette réforme sera une coquille vide, un ravalement de façade. On donnera un nom nouveau à des structures anciennes. Il n'y aura pas d'innovation et d'adaptation. Pourtant, tous les enseignants savent que nos programmes ne sont plus adaptés au public qui entre en classe de 2de et que nous devons préparer au bac. Le collège unique et la disparition des redoublements font que des élèves en échec depuis le CP arrivent en 2de générale. L'adolescence aidant, et le mépris qu'ils nourrissent pour un système qui n'a pas su trouver pour eux de solution humainement satisfaisante, font que la situation devient explosive. "La France s'ennuie" écrivait Pierre Viansson-Ponté en 1967. Aujourd'hui, nos élèves s'ennuient à l'école. Elle ne leur "parle" plus. Et même les profs investis commencent à douter du bien fondé de leur mission. Alors proposer de calquer le lycée sur le modèle de la fac, dont on sait qu'elle est moribonde et qu'elle affiche un taux d'échec de 50% en 1re année, est-ce bien raisonnable ? Et je ne parle pas de l'effroyable "usine à gaz" que va constituer une année divisée en 2 semestres : 2 années en une, soit 6 étapes au lieu de 3 de la 2de au bac... C'est d'autant plus décourageant qu'il y avait d'excellentes idées dans ce qui n'aurait dû être qu'une plate-forme de discussion. A moins que, comme dans l'audiovisuel, l'idée soit de prouver que le service public n'est ni viable, ni réformable, et qu'il convient de privatiser. En ce cas, ce que fait M. Darcos est cohérent.
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