Dialogue entre Daniel Cohn Bendit et Edgar Morin, dont Nicolas Sarkozy avait tenté de capter le concept de "politique de civilisation". Je retiens l'insistance d'Edgar Morin sur l'impasse que constitue la croyance en une solution "technique" aux enjeux de civilisation qui sont devant nous (c'est à l'inverse la thèse de Claude Allègre, qu'on nous promet dans un futur gouvernement Fillon 2). En cela, il renoue avec les bases de l'humanisme qui croyait en l'homme plus qu'en la technique, cette croyance technicienne étant en réalité le fait du XVIIIe siècle, des Lumières, de l'Encyclopédie et des prémices de la Révolution industrielle.
Cette obsession du "toujours plus" est le fruit de la notion de "progrès" (concept du XVIIIe siècle) : pertinente durant l'ère industrielle (1800-2000), elle montre aujourd'hui ses limites. Le progrès actuel est technique, il n'est plus que cela. Mais il nous a fait oublier en chemin cet autre concept fondateur des Lumières, que seuls les Américains ont eu l'ingénuité d'inscrire dans leur constitution : le droit au bonheur.
Or le bonheur, contrairement au progrès, ne relève que de l'humain. Le progrès est essentiellement affaire de technique, le bonheur non. Contrairement à ce que, par exemple, cherche à nous faire accroire la publicité pour les automobiles. Le problème est que les vendeurs d'objets ont fini par nous convaincre qu'il n'y a plus de bonheur possible sans technique. Je posais ce matin cette question simple à des jeunes de 18 ans : "Envisagez-vous une vie sans portable ?" Inutile de vous donner leur réponse.
Il ne s'agit pas, comme le disait le parti communiste à l'époque de Georges Marchais, de vouloir revenir à la lampe à pétrole (un slogan qui a fait flores à l'époque) mais de revenir à cette idée simple que les outils ne sont que des outils. Lorsque l'outil devient totem, c'est que nous en avons perdu le sens premier.