En attendant PPI*
Par JG3089-GANDI le mercredi 21 octobre 2009, 15:25 - Culture - Lien permanent

PPI : Plan Pluriannuel d'Investissements.
(NDT : l'estragon est souvent vert et le vladimir a longtemps poussé sur des terres orientales, mais on peut aussi inverser les rôles. Comprenne qui lira.)
Route à la campagne, avec arbre. Soir.
Estragon, assis sur une pierre, essaie d’enlever sa chaussure. Il s’y
acharne des deux mains, en ahanant. Il s’arrête, à bout de forces, se repose en
haletant, recommence. Même jeu.
Entre Vladimir.
ESTRAGON (renonçant à nouveau). – Rien à faire.
VLADIMIR (s’approchant à petits pas raides, les jambes écartées). – Je commence
à le croire. (il s’immobilise.) J’ai longtemps résisté à cette pensée, en me
disant. Vladimir, sois raisonnable, tu n’as pas encore tout essayé. Et je
reprenais le combat. (il se recueille, songeant au combat. A Estragon.) –
Alors, te revoilà, toi.
ESTRAGON. – Tu crois ?
VLADIMIR. – Je suis content de te revoir. Je te croyais parti pour
toujours.
ESTRAGON. – Moi aussi.
VLADIMIR. – Que faire pour fêter cette réunion ? (Il réfléchit.)
Lève-toi que je t’embrasse. (il tend la main à Estragon.)
ESTRAGON (avec irritation). – Tout à l’heure, tout à l’heure. Silence.
VLADIMIR (froissé, froidement). – Peut-on savoir où monsieur a passé la nuit
?
ESTRAGON. – Dans un fossé.
VLADIMIR (épaté). – Un fossé Où ça ?
ESTRAGON (sans geste). – Par là.
VLADIMIR. – Et on ne t’a pas battu ?
ESTRAGON. – Si… Pas trop.
VLADIMIR. – Toujours les mêmes.
ESTRAGON – Les mêmes ? Je ne sais pas. Silence.
VLADIMIR. – Quand j’y pense… depuis le temps… je me demande ce que tu serais
devenu… sans moi… (Avec décision.) Tu ne serais plus qu’un petit tas
d’ossements à l’heure qu’il est, pas d’erreur.
ESTRAGON (piqué au vif). – Et après ?
VLADIMIR (accablé). – C’est trop pour un seul homme. (Un temps. Avec vivacité.)
D’un autre côté, à quoi bon se décourager à présent, voilà ce que je me dis. Il
fallait y penser il y a une éternité, vers 1900.
ESTRAGON. – Assez. Aide-moi à enlever cette saloperie.
VLADIMIR. – La main dans la main on se serait jeté en bas de la tour Eiffel,
parmi les premiers. On portait beau alors. Maintenant Il est trop tard. On ne
nous laisserait même pas monter. (Estragon s’acharne sur sa chaussure.) Qu
‘est-ce que tu fais ?
ESTRAGON. – Je me déchausse. Ça ne t’est jamais arrivé, à toi ?
VLADIMIR. – Depuis le temps que je te dis qu’il faut les enlever tous les
jours. Tu ferais mieux de m’écouter.
ESTRAGON (faiblement). – Aide-moi !
VLADIMIR. – Tu as mal ?
ESTRAGON. – Mal ! Il me demande si j’ai mal !
VLADIMIR (avec emportement). – Il n’y a jamais que toi qui souffres ! Moi,
je ne compte pas. Je voudrais pourtant te voir à ma place. Tu m’en dirais des
nouvelles.
ESTRAGON. – Tu as eu mal ?
VLADIMIR. – Mal ! Il me demande si j’ai eu mal !
ESTRAGON (pointant l’index). – Ce n’est pas une raison pour ne pas te
boutonner.
VLADIMIR (se penchant). – C’est vrai. (il se boutonne.) Pas de laisser aller
dans les petites choses.
ESTRAGON. – Qu’est-ce que tu veux que je te dise, tu attends toujours le
dernier moment.
VLADIMIR (rêveusement). – Le dernier moment.. (il médite.) C’est long, mais ce
sera bon. Qui disait ça ?
ESTRAGON. – Tu ne veux pas m’aider ?
VLADIMIR. – Des fois je me dis que ça vient quand même. Alors je me sens tout
drôle. (Il ôte son chapeau, regarde dedans, y promène sa main, le secoue, le
remet.) Comment dire ? Soulagé et en même temps-. (Il cherche) épouvanté.
(Avec emphase.) E-POU-VAN-TE. (Il ôte à nouveau son chapeau, regarde dedans.)
Ça alors ! (Il tape dessus comme pour en faire tomber quelque chose,
regarde à nouveau dedans, le remet.) Enfin… (Estragon, au prix d’un suprême
effort, parvient à enlever sa chaussure. Il regarde dedans, y promène sa main,
la retourne, la secoue, cherche par terre s’il n’en est pas tombé quelque
chose, ne trouve rien, passe sa main à nouveau dans sa chaussure, les yeux
vagues.) – Alors ?
ESTRAGON. – Rien.
VLADIMIR. – Fais voir.
ESTRAGON. – Il n’y a rien à voir.
