Je partage la définition par Dany, d'Europe Ecologie comme "idée motrice du rassemblement". Dany peut le rappeler : il en a été largement à l'origine et le moteur. Ce que nous avons appris avec Europe Ecologie, ce n'est ni la constitution d'une nouvelle entité, ni d'un nouvel appareil, mais bien la naissance d'une double démarche. Tout d'abord, la garantie de l'écologie politique comme force autonome, non pas au centre de l'échiquier politique, mais bien au centre du débat. Trop longtemps, l'écologie était considérée soit comme "ailleurs", au-dessus des clivages, à l'époque du ni droite, ni gauche. L'ancrage à gauche, a été à la fois nécessaire et sain, mais a parfois laissé planer l'idée que l'écologie pourrait être vassalisée à la social-démocratie. Depuis le 7 Juin, l'écologie occupe toute sa place, claire sur ses alliances avec la gauche, au coeur du débat et indépendante de toute tutelle. L'autre leçon d'Europe Ecologie, c'est l'ouverture à la société civile. Les Verts, le professaient depuis leur fondation, mais la progressive institutionalisation avait pu laisser naître l'idée, que le parti était devenu un lieu clos, déconnecté des réalités du peuple de l'écologie, et des capacités d'invention de celui-ci, dans toutes ses sphères, associatives, mouvementistes, syndicales. La démarche a rappelé que le pouvoir n'était qu'un lieu vide et que l'institution n'avait pas vocation à préempter l'action politique. L'autre leçon d'Europe Ecologie, c'est la construction d'une vocation majoritaire. D'une campagne de niches, Dany , et les autres aventuriers des européennes, nous ont appris à passer à la construction progressive de majorités culturelles autour de nos idées et de nos valeurs et sans privilégier des courants particuliers.

Ces trois leçons doivent être retenues, elles nous seront précieuses dans la deuxième aventure de ce rassemblement que doit constituer les régionales. Durant la campagne des européennes, j'ai trop souvent entendu que le rassemblement se mettrait en "veille" le temps des régionales et que Les Verts domineraient alors. Etrangement, ces paroles se trouvaient plus souvent dans la bouche des non-verts, que dans celle des Verts. Je pense qu'aujourd'hui plus personne ne sous-estime l'importance des régionales. C'est aujourd'hui que se joue notre moment politique. Les écologistes ont déjà connus d'éphémères succès lors des européennes, ils n'ont encore jamais réussi à transformer l'essai. Le plus dur, commence aujourd'hui. Les plus anciens d'entre nous se souviennent de 1992, où alors qu'après Tchernobyl, les Européennes de 1989 et malgré le discrédit du PS, les écologistes qui avaient le vent en poupe, avaient failli faute de parvenir au rassemblement le plus large. Les vieux démons disparaissent rarement...

Si je partage, la définition de Dany, je ne partage pas son analyse, ni ses conclusions. Dany se trompe, à mon sens, lorsqu'il parle des Verts. Il y a six mois, on promettait que Les Verts braderaient leur succès aux Européennes en échange de quelques strapontins dans les exécutifs régionaux. Ce sont pourtant aujourd'hui Les Verts, qui sont le plus mobilisés pour voter l'autonomie aux régionales dans toutes les régions de France. Il y a six mois, on avertissait que Les Verts seraient sectaires et refuseraient l'ouverture aussi bien pour les têtes de listes, que pour les places éligibiles. Ce sont Les Verts, qui accueillent très largement Laurence Vichnievsky en PACA, à commencer par les élus sortants et implantés localement, d'autres s'apprêtent à faire de même dans de nombreuses régions. Ce sont Les Verts qui défendent dans toutes les régions, la juste représentation de la diversité du rassemblement. Dire cela, c'est dire aussi que vert ou non-vert, aucune de ces étiquettes ne peut devenir une qualité ou un défaut. Ainsi, partout Verts et non-verts s'accordent pour dire que les candidats du rassemblement doivent être des candidats qui élargissent l'audience de l'écologie politique. Pour une fois, rare dans l'histoire politique, un appareil constitué choisit délibérément de s'inscrire dans une démarche ouverte, hors de ses cadres habituels, et laissait largement les positions éligibles ouvertes.

Opposer Verts et non-verts, va aujourd'hui à contre-courant du rassemblement. Les seules divergences et contradictions qui parcourent le rassemblement, ne recoupe pas la différence entre verts et non-verts, mais l'approche du rassemblement. Nous sommes nombreux à considérer que le rassemblement réussi des européennes ne constitue qu'un point de départ. Il s'agit aujourd'hui d'en constituer une nouvelle étape, en élargissant le périmètre, à tous ceux qui déçus des vieilles formules politiques, se retrouvent dans le projet écologiste. Nous sommes nombreux à considérer qu'il faut protéger la forme unique d'Europe Ecologie, comme réseau non formel et souple, et réfléchir aux nouvelles manières de faire de la politique. Depuis le 21 Avril 2002, de nombreuses tentatives de "faire neuf" en politique ont échouées. Les comités Désir d'Avenirs sont passés de la démocratie participative au statut de fan-club. Les Collectifs Unitaires Anti-Libéraux se sont fracassés sur l'incapacité à proposer un projet commun et sur la question de la démocratie interne. Le MoDem a débouché sur un parti hyper centralisé et personnalisé, tel que seule la Vème République gaullienne a pu en produire, avec un projet imprécis et peu lisible. Le NPA a échoué à passer de la forme mouvement à la forme parti, sclérosant la force d'initiative qu'apportait sa fraîcheur. Europe Ecologie à une lourde tache pour faire mieux que toutes ces aventures réunies.

Le débat sur la structuration nationale d'Europe Ecologie doit donc se faire en prenant en compte les risques et en inventant de nouvelles formes, plutôt qu'en devenant le dernier marronnier de l'automne au détriment de l'entrain de la campagne des régionales. En attendant, une règle doit être préservé, c'est celle du consensus, qui a fait la fortune du COCA et d'Europe Ecologie. Or la méthode que propose Dany, avec une présélection non-verte des candidats du rassemblement, revient à rompre cette règle du consensus, c'est l'opinion que j'ai exprimé en CAP-Ile-de-France. Le consensus est aussi la forme qui permettra qu'aucune des composantes ne se sentent brimée ou empêchée, aussi bien Les Verts que les non-verts. Les Verts doivent comprendre que l'énergie d'Europe Ecologie, les réconcilie avec leurs promesses historiques : l'initiative militante, la démocratie participative, la forme mouvement, l'autonomie de l'écologie. Les non-verts doivent apprendre de la structuration et de l'implantation des Verts. Les Verts doivent accepter qu'ils sont aujourd'hui structurellement et politiquement incapable de mener seuls les combats qui nous attendent. Par ailleurs, Europe Ecologie et Les Verts ne peuvent être opposés, Les Verts sont parties prenantes d'Europe Ecologie, qui est le foyer de notre avenir commun.

Enfin, le débat sur Les Amis d'Europe Ecologie, ne doit pas reposer sur la question de l'ouverture, que nous partageons tous, mais sur celle de ses contours. Ne pas avoir peur de la discussion et la confrontation, avec la majorité présidentielle, ne doit pas laisser planer d'ambiguïté quant à notre opposition à la politique gouvernementale et à ce qu'elle représente dans nos régions. A l'inverse du choix des Grünen allemands, en France, le clivage gauche-droite continue d'être structurant. Surtout, nous devons sans cesse rappeler qu'il ne peut y avoir d'écologie qui ignore la question sociale et la démocratie, et qu'il ne peut y avoir de politique sociale, qui ignore l'environnement. Ainsi ne nous enfermons pas dans une attribution à Jouanno et ses compères de bon points, alors que le projet écologiste est si différent et divergent de leur politique. De ce point de vue, la clarification nécessaire doit venir, à mon sens, d'un nouvel appel qui fixe des objectifs politiques et de projet, plutôt que des positionnements tactiques et qui rappelle ses fondements. Quant à l'ouverture, l'esprit et la lettre du rassemblement, nul ne peut s'en prévaloir plus qu'un autre, vert ou non-vert, et privatiser et s'approprier ces messages qui nous rassemblement.

L'avenir nous appartient, il se déterminera d'ici quelques mois. En tant que militant, je suis sans cesse habité par la responsabilité qui pèse aujourd'hui sur les militants d'Europe Ecologie. L'histoire ne repasse pas les plats. Il nous faut donc saisir l'opportunité unique qui s'offre à nous. Dans quelques mois, nous regretterons peut-être d'avoir perdu trop de temps, à discuter verts/non-verts ; structuration comme-ci ou comme-ça et procédures d'investitures, plutôt qu'à convaincre la société. Les Verts ont l'expérience de ce genre de travers, inutile de les répéter.

Avec ceci, nous te souhaitons toutes et tous, Dany, un prompt rétablissement pour être avec toi dans l'aventure des régionales,

Amitiés,

Stéphane Sitbon-Gomez, Ile-de-France"