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Reynald Drouhin, Doigts, 1992, huile sur toile, 73 x 92 cm. Alter ego

C'est une thématique que les écologistes n'arpentent pas trop. La terre est connotée barrèsienne ou pire, pétainiste. Derrière le terroir, il y a son cortège de traditions et de conservatismes : "la terre ne ment pas", autrement dit, elle ne fait que se répéter et ignore le changement. Elle fonctionne comme un cycle dans un monde qui s'est vendu au progrès.
Cette opposition de la terre préservatrice des traditions et du passé à la ville moderne porteuse d'avenir avait du sens au XIXe et au XXe siècle. A cette époque, la bourgeoisie triomphante (étymologiquement la classe urbaine) a imposé son paradigme : c'est la ville qui porte nos espérances. A la campagne le passé : bouseux, péquenots, culs-terreux, arriérés endogames, dégénérés incestueux, endo-indigènes improductifs et désormais coûteux (voir la PAC). Pour le dire simplement; une image assez dégradée. Du côté de la classe ouvrière, tout se passait nécessairement à la ville.
L'écologie politique s'étant construite en milieu urbain (80 % de la population en France et en Europe), elle a pourtant longtemps ignoré cette problématique, d'autant qu'elle hésitait à se situer dans le débat institutionnel droite/ gauche dans les années 70. Issue pour une part de l'extrême-gauche post-soixante-huitarde refusant trotskysme et maoïsme, mais vomissant tout autant les partis institionnels (la "bande des 4", pour ceux qui se souviennent), elle a durablement peiné à se faire une petite place dans le PPF (paysage politique français). Les égarés du Larzac n'ont pas pris racine, au sens politique du terme, et la candidature de René Dumont (un scientifique) à la présidentielle a peut-être marqué ma mémoire de téléspectateur, mais pas conquis l'électorat.
Dans les années 80 et 90, Brice Lalonde et Antoine Waechter se perdent dans une écologie politique apolitique de droite (je résume) et Dominique Voynet fait le choix de la "gauche plurielle" et entre dans le gouvernement Jospin : un combat courageux.
Ces succès (et revers) ont fait entrer l'écologie dans la cour des grands (celle des ministères) mais ont creusé le fossé originel entre ceux qui "parlent" de la nature et ceux qui la vivent au quotidien. Pour faire court, les écolos sont d'aimables bobos qui ne connaîtraient la nature que par ce que leurs lectures leur en disent, ou le jardin de leur résidence secondaire, pour les mieux lotis d'entre eux.
C'est probablement injuste. Mais cela pointe une difficulté intéressante. Ou plutôt deux ambiguïtés qui font la force et la faiblesse des écologistes. A gauche, on ne cesse d'instruire le procès vis-à-vis des écologistes d'être des ralliés de la dernière heure, d'être intervenus bien tard dans le champ politique, et de vouloir capter deux siècles de luttes à leur profit (l'héritage socialiste en France, car qui se revendique encore en France, même au PC, de Maurice Thorez ?). Chez les écologistes, le sort de la planète menace de faire oublier celui des gens. Sociologiquement douteux, politiquement incertains, les écologistes ne seraient donc pas de fiables convives.
A vouloir brasser tout l'air du monde, ils ne feraient que brasser celui du temps, un peu de vent, et le syndrome Don Quichotte aidant, il suffirait d'attendre pour que Sancho Panza ramène à l'écurie ce chevalier perdu revenu de tous ses moulins. C'est l'hypothèse que l'on travaille au sein du PS pour les régionales.
C'est assez amusant en un sens, car de base sociologique identifiable du PS, il n'y en a plus guère non plus. En tout cas rien de stable. Ni à droite d'ailleurs, ce qui explique la frénésie sondagiaire de Nicolas Sarlozy, qui a compris avant les autres cette réalité. Le citoyen est volage. Pourquoi donc ? Parce qu'il n'appartient plus à une terre, à un terroir, à une famille. Nous avons célébré le nomadisme : intellectuel, touristique, artistique, amoureux. Mais qui peut vivre heureux sans racines, sans famille, sans origine, sans repères ? Pas tout le monde.
Eduquer, c'est fixer un point central à partir duquel on pourra évoluer. Sans ce point central, c'est l'errance.
Si l'écologie est partout, elle n'est nulle part. En France, le PS agonise dans un piège semblable : si la question sociale est partout, pourquoi la confier au PS, assez mal en point par ailleurs ?
Donc, in fine, la question de l'identité :
1) Qui suis-je ?
2) D'où je parle ?
3) A qui je parle ?
C'est une question d'identité. Croire que l'on est tout le monde parlant à tout le monde est une belle idée, mais une idée fausse en politique. Il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. La mécanique républicaine pousse parfois les gens les mieux intentionnés à l'abstention. Ce ne peut être qu'une solution transitoire.

On ne peut pas s'abstenir éternellement. Il faut aussi trancher des questions simples. Les écologistes sont-ils de gauche ? Oui, majoritairement. Les écologistes font-ils confiance au PS pour porter leurs espérances ? Non. Les écologistes portent-ils un projet social qui aille au delà de la défense des limaces protégées. Oui. Les écologistes ont-ils d'autre message que planétaire ? Bien sûr, puisque le global n'est que la résultante de la multiplicité des problématiques locales. Mais ce message est complexe, et la politique n'aime pas la complexité. Les gens non plus, en général. Cette question d'identité est pourtant centrale en politique. Sans identité, pas d'adhésion. Mais comment conjuguer diversité et identité ? C'est la clé d'un succès futur aux régionales pour les écologistes.